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FAIRE LE POINT

Distinction bonheur et plaisir: le bonheur est de l’ordre du sentiment, du bien-être, certes, tout comme le plaisir. Mais le plaisir n’est pas un état durable, il n’existe que dans l’instant. Le bonheur, lui, se définit comme un état durable. Un homme heureux serait ainsi un homme qui vivrait en harmonie totale (en accord) avec le monde extérieur (et donc, avec les autres, et avec lui-même). Le bonheur, c’est la vie dans laquelle ne réside aucune insatisfaction.

 

ANTIQUITÉ


ÉPICURISME—CARPE DIEM, cueillir le jour, le plaisir du savoir-vivre

Dès leur naissance, les Hommes recherchent spontanément le plaisir et fuient le malheur. Pour Epicure (341-270 av. J.C.), il est naturel de rechercher le plaisir car c'est vivre en conformité avec la Nature. Ce n'est ainsi pas le Bien idéal qui est le but et le sens de l'existence (contrairement à ce que pensait Platon) mais le bonheur. L'épicurisme est un hédonisme, une morale du plaisir. Elle est résumée en un quadruple remède (tetrapharmakon):

  • Les dieux ne sont pas à craindre.

  • La mort n'est pas à craindre.

  • Le bonheur est facile à atteindre.

  • La douleur est facile à endurer.

Une typologie des plaisirs

Bien qu'Epicure fasse l'apologie du plaisir, il établit tout de même des distinctions. Tout d'abord entre les plaisirs en repos: l'état de bien-être mental (ataraxie), et les plaisirs en mouvement: les plaisirs du corps.
De cette idée, Epicure distingue trois types de plaisirs:

  • Les plaisirs naturels et nécessaires: boire, manger et dormir. Ce sont les meilleurs, le sage ne doit pas hésiter à s'y adonner.

  • Les plaisirs naturels et non nécessaires: manger avec raffinement ou au-delà du besoin, le désir sexuel,... Bien qu'ils ne soient pas mauvais en soi, le sage doit tout de même s'en méfier et n'en user qu'avec modération.

  • Les plaisirs non naturels et non nécessaires: l'ambition, la richesse, la soif de domination,... Ils sont à éviter absolument car artificiels, insatiables et porteurs de troubles.

La dissolution de la crainte de la mort

Le bonheur échappe trop souvent à l'Homme en raisons de ses soucis et ses angoisses. Et la première de ces angoisses, c'est celle de la mort. Epicure entend, sans nier l'échéance inéluctable, dissoudre cette peur. Ainsi dit-il, « la mort n'est rien pour nous ». La mort étant absence de sensibilité, elle n'est concrètement rien et est donc étrangère à la vie qui se caractérise par la sensation. Ainsi, la mort « n'existe ni pour les vivants ni pour les morts, puisqu'elle n'a rien à faire avec les premiers et que les seconds n 'existent plus ». Il n'y a donc pas de rencontre entre nous et la mort, car ce n'est pas un événement de la vie: lorsque nous sommes en vie, la mort n'est pas là, et lorsqu'elle est là, nous ne sommes plus en vie.

      À propos des désirs: 3 types:
a) naturels et nécessaires (se nourrir, se loger, se vêtir)
b) naturels et non nécessaires (ex: le sexe)
c) ni naturels, ni nécessaires (ex: le luxe)


Pour éviter la souffrance, il faut éviter les sources de plaisir qui ne sont ni naturels ni nécessaires.

Le but de la vie = vivre une vie aussi plaisante que possible, mais sans excès, mesurée ( "l'arithmétique des plaisirs", la recherche de l'équilibre entre le plaisir et la douleur). L'atteinte de la tranquillité, de la quiétude (qui est le vrai bonheur), état appelé ataraxie, par la maîtrise de soi, la modération et le détachement.

Le plaisir =  la privation de douleur, l'absence de trouble (de l'âme, surtout, mais aussi du corps).

Le bonheur = le plaisir, défini comme absence de douleur, absence de trouble, repos, sérénité. (Rien à voir avec la démesure sensuelle.) C'est aussi la sérénité qui résulte de l'absence de crainte, particulièrement des dieux, de la mort et de la vie après la mort.

Le bien =  ce qui procure du plaisir.

La sagesse =  "l"arithmétique des plaisirs".

Le sage = celui qui sait bien calculer, bien mesurer, bien doser les plaisirs.

Notre guide:  Ce  sont les affections (plaisir et douleur) qui nous guident dans les choix que nous avons à faire. Aussi, on doit juger en fonction de l'utile et du nuisible.

 

STOÏCISME—SUPPORTE ET ABSTIENS-TOI ! , ENDURE ET RENNONCE !

         La passion est une sorte de maladie de l'âme, "un mouvement de l'âme qui s'écarte de la droite raison et qui est contraire à la nature" (Cicéron). Y sont inclus le plaisir, le désir, la douleur et la crainte.

Le but de la vie =  s'occuper de son âme, des choses intérieures, pour acquérir la maîtrise de soi, l'insensibilité, la liberté et la sérénité.
Atteindre un état de l'âme qui n'est troublé par aucune émotion ou douleur (sérénité).
Le bonheur est l'état dans lequel vit "une âme libre, élevée, intrépide, constante, inaccessible à la crainte comme au désir, pour qui le seul bien est la beauté morale, le seul mal, l'avilissement, et tout le reste un amas de choses incapables d'enlever ou d'ajouter rien au bonheur" (Sénèque).

La sagesse consiste à accorder notre volonté à la vraie nature des choses, à vivre en conformité avec la nature, l'univers. S'y soumettre, c'est se garantir une vie heureuse et sans troubles. C'est LA SÉRÉNITÉ.
        Ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas
Les stoïciens posaient donc comme condition nécessaire du bonheur la lutte héroïque contre soi-même et non contre la Nature (laquelle serait vouée à l'échec).
         La maîtrise de la mort
Si les épicuriens affirment que craindre la mort est une folie, les stoïciens vont plus loin encore en faisant l'éloge de la mort volontaire. Epictète (50-125/130) propose au sage la possibilité du suicide s'il souffre de douleurs insupportables: « N'est-ce pas comme au jeu, où l'on reste tant qu'on s'y plaît ? ». Le suicide est considéré comme l'accomplissement ultime et spectaculaire de cet effort sur soi qui caractérise la morale stoïcienne. Zénon et Cléanthe se laissèrent ainsi mourir de faim et Sénèque s'ouvrit le veines sur l'ordre de Néron...

L’EUDÉMONISME --béatitude

          Le bonheur consiste dans l’épanouissement de cette raison. La raison étant une faculté à la fois théorique (= a à voir avec la connaissance) et pratique (a à voir avec l’action, la conduite de la vie), alors, le bonheur consistera

1) dans la vie contemplative, philosophique

2) mais aussi et surtout dans la vie vertueuse.

Important: ici, le bonheur est donc grosso modo le même pour tout homme. Une certitude au moins: il ne réside pas du tout dans la possession de biens matériels!

HÉDONISME--plaisir, jouissance.

          En philosophie, l'hédonisme est une doctrine qui fait de la recherche du plaisir et de son intensité le fondement de la morale et le but de vie. Le plaisir est considéré comme le bien le plus important de l'existence humaine.

MOYEN AGE –bonheur, signifie le péché, il n’a pas que du bonheur céleste

          Par ailleurs, que nous dit la Bible sur le bonheur ? Le mot n’existe pas en hébreu biblique et est rare dans le grec biblique. La Bible préfère parler de « vie » ou de « joie ». Dans le Nouveau Testament, l’adjectif grec makarios est présent à plusieurs reprises en particulier dans les Béatitudes des Evangiles : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés (…) Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu… ». La Bible ne donne donc pas de conseil pour découvrir le bonheur, mais décrit plutôt une situation déjà existante, résultat d’une conduite conforme à la justice.

LA RENAISSANCE— joie de vivre

          C’est Lorenzo Valla, humaniste italien du XVe siècle, qui va mettre le doigt sur cette contradiction en se demandant pourquoi Dieu qui est bon aurait créé les cinq sens s’il ne voulait pas qu’on en jouisse.  Donc, à partir de la Renaissance italienne, c’est-à-dire au XVe siècle, on commence à vouloir revaloriser les sens. Un autre argument est celui développé par Baptista Platina au XVe siècle également dans son livre De Honesta voluptate et valetudine, dont le titre met en évidence une conception du bonheur très différente de celle d’Augustin et des Pères de l’Eglise. C’est, en fait, un traité de gastronomie dans lequel il explique que bien manger est un devoir de santé. Or, l’art de bien manger, le plaisir du bon goût, tout cela était considéré comme de la gourmandise, un des sept péchés capitaux. Mais Platina remarque que pour pouvoir glorifier Dieu, il faut être en bonne santé : pour ce faire, il faut bien manger. Par conséquent, Platina a écrit un recueil de recettes dans lequel il utilise la théorie antique des humeurs. C’est une façon de revaloriser le plaisir du goût, tout en le teignant d’un souci médical, que de prôner que la condition première à une vie de bon citoyen et de bon chrétien est la santé, celle-ci passant par une nutrition adéquate. Donc, il existe une profonde contradiction entre la façon de penser le bonheur uniquement sous la forme de la béatitude céleste et de mépriser les plaisirs que Dieu a créés avec le monde

LES LUMIÈRES – côté (dimension ,connotation) économique, politique, social , collectif

          En quoi les Lumières et la Révolution française nous éclairent-elles sur le bonheur ? La Déclaration d’indépendance de 1776 puis la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 jugent l’association politique à l’aune du bonheur ou du malheur qu’elle favorise. Les citoyens ne sont plus soumis à l’État, mais associés dans la recherche du bonheur. Ces préambules constitutionnels révèlent que la question si privée du bonheur est inséparable d’une dimension collective. Le lien entre bonheur et liberté politique est aux fondements de la Déclaration d’indépendance la  Déclaration de 1789 : « Les représentants du peuple français […] considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, […] afin que les réclamations des citoyens […] tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous . »

          Ces textes nous indiquent aussi que l’on peut concevoir le bonheur  autrement que ce mot le laisse penser aujourd’hui. La distinction entre Bonheur absolu et  plaisirs de la vie n’est peut-être pas l’essentiel. Le  caractère   privé  du Bonheur   est  discutable. Et le Bonheur  ne se trouve pas au petit bonheur la chance. Petits  ou  grands, les bonheurs sont d’abord pluriels parce que les conditions du bonheur de chacun sont l’affaire de tous. À l’opposé d’une étymologie qui en faisait une bonne fortune, contre une idéologie religieuse qui en affirmait l’impossibilité, et par delà une croyance moderne qui en ferait un nouvel absolu qui tombe du ciel ou qui ne dépend que de soi, le bonheur est d’abord une affaire de solidarité, et de lutte collective contre la fatalité.  En ce sens, la pensée des Lumières est un humanisme ou, si l'on préfère, un anthropocentrisme. Il n'est plus nécessaire, comme le demandaient les théologiens, d'être toujours prêt à sacrifier l'amour des créatures à celui du Créateur ; on peut se contenter d'aimer d'autres êtres humains. La philosophie des Lumières procède d'un humanisme laïque : elle place l'homme au centre du monde, et entend œuvrer à son bonheur.. Cette conception utilitariste fait du bonheur le bien suprême.

 
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BONHEUR ET LAÏCITÉ DU MARIAGE

          Dans Les Liaisons dangereuses (1782) de Laclos, la libertine estime que la dévote a remplacé la Religion par l’Amour. Cette réflexion est riche pour une histoire des mentalités.

BONHEUR COMMUN ET BONHEURS DE CHACUN

          Une nouvelle Déclaration introduit la Constitution de 1793 et affirme: « Article premier. Le but de la société est le bonheur commun », ce qui peut désigner l’harmonie du Tout, ou le bonheur de chacun en interaction avec les autres. La première conception, anti-humaniste, érige le groupe en transcendance. Elle réunit l’ultralibéralisme et l’ultracommunisme, frères ennemis depuis le 18e siècle..

     UNE PHRASE MAJEURE DU TEXTE:
« LE BONHEUR EST D’ABORD UNE AFFAIRE DE SOLIDARITE, ET DE LUTTE COLLECTIVE CONTRE LA FATALITE »

          Selon la Constitution, le but de la société est de permettre la recherche du bonheur, qui dépend de l’entraide par l’impôt, l’offre d’emploi, l’instruction…

L’ESSENTIEL

          Avec les révolutions américaine et française, le bonheur entre dans la Constitution. C’est le triomphe des Lumières, qui valorisent les plaisirs de la vie contre l’idée de péché. Mais c’est aussi une déclaration politique : un gouvernement n’est légitime que s’il permet la recherche du bonheur.

Cette idée invite à repenser l’idée même de bonheur. Le bonheur semble n’être qu’une affaire privée et ne tenir qu’au hasard, alors qu’il dépend de la solidarité et d’une lutte collective contre la fatalité.

Le feng shui

          Est un art millénaire d'origine chinoise qui a pour but d'harmoniser l'énergie environnementale --le QI d'un lieu de manière à favoriser la santé, le bien-être et la prospérité de ses occupants. Cet art vise à agencer les habitations en fonction des flux visibles (les cours d'eau) et invisibles (les vents) pour obtenir un équilibre des forces et une circulation de l'énergie. Il s'agit de l'un des arts taoïstes, au même titre que la médecine traditionnelle chinoise ou l'acupuncture, avec lesquelles il partage un tronc commun de connaissances. La nature du sol, la configuration de l'environnement, la prédiction du climat, des épidémies, tous ces éléments vont être étudiés par ces Sages, durant plusieurs millénaires, pour arriver à une compréhension globale des mécanismes terrestres, humains et célestes. Telle est la raison d'être du feng shui.

          Les cinq éléments sont : Bois, Feu, Terre, Métal et Eau
          L’un des buts de la théorie de cinq éléments est de maintenir l’équilibre dans le corps et la nature. Le mouvement cyclique se permet de maintenir un équilibre entre les 5 éléments.

          La théorie des Cinq éléments est née de l’enseignement taoïste, « une philosophie ancestrale qui repose sur l’observation de la nature, son fonctionnement et de ses changements perpétuels. Rien n’est statique dans la nature, tout évolue ou transforme en permanence ». Juste comme la vie!

 
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Feng Shui

 

XX-XXI-ème siècle


                             BONHEUR = SENS DE LA VIE + BIEN-ETRE

          Les recherches psychologiques actuelles, sur la base d’enquêtes réalisées auprès de larges populations, éclairent fortement les débats de la philosophie antique en montrant que le bien-être et le sens de la vie constituent deux facettes à la fois proches et différentes de l’expérience humaine. En effet,

  •   certains aspects de la vie relèvent essentiellement du sens de la vie et peu du bien-être ; ce sont les valeurs et croyances, les projets de vie, l’engagement dans l’action ;

  •   d’autres à l’inverse relèvent essentiellement du bien-être et peu du sens de la vie ; ce sont les émotions positives, les loisirs ;

  •   d’autres enfin relèvent à la fois du sens de la vie et du bien-être ; ce sont les relations interpersonnelles ;

          Plutôt que d’assimiler bien-être et bonheur comme le font les philosophes hédonistes, en évacuant toute référence au sens de la vie, il semble plus pertinent de considérer que le bonheur résulte de la présence conjointe du bien-être (facette émotionnelle à court terme) et du sens (facette cognitive à long terme).

                            SE SENTIR PORTE PAR LE FLUX

          Une approche particulièrement originale du bonheur est celle adoptée par Mihalyi Csikszentmihalyi, professeur émérite de psychologie à l’université de Claremont en Californie (5). Il a mené un vaste programme de recherches sur le flux (flow) ou expérience optimale, termes qui désignent l’état dans lequel se trouve un individu fortement engagé dans une activité pour elle-même. Pourquoi avoir choisi ce mot ? Tout simplement parce que plusieurs des nombreux sujets qu’il a interviewés lui ont répondu qu’ils se sentaient alors comme portés par un flux. Les recherches réalisées sur le flux auprès de milliers de personnes à travers le monde ont montré que l’expérience optimale est décrite de la même façon à l’occasion d’activités très différentes, par les femmes et les hommes, les jeunes et les moins jeunes, les gens de différentes conditions sociales et de différentes cultures.

Voici quelques caractéristiques de l’expérience optimale notées par Csikszentmihalyi :
 l’expérience optimale se produit généralement quand la personne s’engage dans une activité qui constitue un certain défi en raison de la difficulté à la réaliser. Cela stimule l’individu et l’incite à se dépasser.
 l’individu est très concentré sur ce qu’il fait car l’expérience est enrichissante en elle-même. Il n’est pas distrait par d’autres choses.
 la préoccupation de soi disparaît, mais, paradoxalement, le sens du soi se trouve renforcé à la suite de l’expérience optimale. Par exemple, quand un alpiniste fait une ascension difficile, il est totalement absorbé par cette action, mais est ensuite très satisfait de ce qu’il a réussi.
 la perception de la durée est altérée ; l’individu ne voit pas le temps passer.